Un écrin nommé désir

Il y a dans tout héritage, des boîtes qui resurgissent du passé et dont on ne sait trop bien que faire. Une boîte à chaussures contenant les photos d’illustres inconnus, un ancien coffret à bijoux, vide, dont personne ne veut se séparer, car il espère toujours y placer, le jour venu, les “bijoux de famille” convoités.
Il en est de même pour des grandes villes historiques, dont les friches industrielles attendent silencieusement que renaissent du passé la richesse oubliée d’un patrimoine endormi. Le plateau des Capucins de Brest est de ces écrins que les héritiers doivent aujourd’hui transmettre aux nouvelles générations, avec le plus grand respect.
Adolescent, lorsque mes premiers voyages me conduisaient à explorer les musées de la capitale, dont celui de la Marine de Paris, au Trocadéro, j’avais pris conscience de la tentation maladive qu’avait notre pays à vouloir jalousement concentrer son patrimoine national à Paris. Les provinces étaient alors des déserts artistiques spoliés de leurs richesses, et pourtant. Le somptueux canot de l’Empereur Napoléon Ier aurait bien eu sa place à Brest autant que le plan Relief, trésor jalousement caché à Paris.
A Brest, il y avait bien le Musée des Beaux Arts, timide temple silencieux autant que poussiéreux qui détenait une riche et impressionnante collection d’œuvres d’arts cachées. A l’époque, il n’était accessible qu’à une poignée d’initiés. La Tour Tanguy, visitée par les Brestois et les touristes, était plus accessible et d’accès gratuit. Enfin, le Château, emblématique bastion militaire.
Attardons nous un peu sur lui. Nous étions dans les années 60. J’avais alors une dizaine d’années. Les sites touristiques de la place de Brest étaient limités à quelques vestiges rappelant hélas les horreurs de la guerre, la ville ayant été détruite à plus de quatre vingt dix pour cent et bien entendu la visite du Château de Brest restait l’incontournable lieu de la culture locale où était conservé le passé de la cité maritime.Les sculptures impressionnantes de Yves Collet et les peintures des frères Ozanne y avaient une place de premier choix, illustrant la grandeur du port de guerre de Colbert et son arsenal, jadis voulu par le Cardinal de Richelieu.

C’est au moment de cette tentative de visite initiatique au Château de Brest, que je découvrais, incrédule, les drôles de lois culturelles de mes aînés. Nous étions tolérés, nous résidents français, en montrant cependant patte blanche, à visiter le Château, mais pas nos amis Américains. Le « Grand Général » venant de se fâcher avec l’oncle Sam, avait interdit toutes visites à nos cousins lointains, alors même que celles-ci étaient autorisées à nos cousins Germains, au nom de la grande réconciliation. J’avais du mal à comprendre. Probablement que je dois à ce jour, ma première crise métaphysique pré-adolescente.
Aujourd’hui les temps ont changés et beaucoup de lieux, jadis interdits au “public”, sont désormais accessibles au plus grand nombre. S’appuyant sur la transformation profonde de la société et l’abandon de sites industriels, le Service du Patrimoine de la Ville de Brest accompagne depuis plusieurs années cette mutation devenue universelle pour beaucoup de villes, dans laquelle les friches industrielles deviennent de hauts lieux de culture. On ne peut que s’en réjouir.

Aujourd’hui l’immortel Plateau des Capucins est comme ces boîtes vides que j’évoquais en début de billet. Oui, je sais, les esprits chagrins vont me dire, “On a la plus belle médiathèque de France”. Appréciation par ailleurs formulée récemment par un autre Immortel,  Eric Orsenna lors de son dernier passage à Brest. Il n’en demeure pas moins que ce lieu est encore pauvrement exploité et les mises en scène apportées aux quelques machines exposées, bariolées de leurs guirlandes de Noël, donnent à l’espace un petit air de foire du Trône à défaut de rendre hommage au monde ouvrier.Pour l’heure, place aux suggestions et comme nous sommes en périodes de vœux il est permis d’espérer qu’enfin, avec la nomination de Brest comme Ville d’Art et d’Histoire, un certain nombre de bijoux de famille puissent prendre place dans ce beau site des Capucins.

Aujourd’hui le Musée de la Marine du Trocadéro a fermé ses portes pour 5 ans, n’est-ce pas une belle opportunité pour accueillir, à Brest, le superbe Canot de l’Empereur Napoléon Ier, puisque nous avons l’écrin ?
Un juste retour des choses, pour ce canot Impérial, construit à Anvers en 1810, mais qui viendra à Brest en 1814 pour se parer de la figure de proue représentant Neptune. Celle-ci fut réalisée par les sculpteurs de l’Arsenal de Brest avant la visite de Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie en 1858.

 

Le canot resta à Brest jusqu’en 1943, date à laquelle il partit se réfugier à Paris pour échapper aux lourds bombardements de la cité du Ponant. Soixante quinze ans d’exil.
La guerre étant finie, il est peut-être venu le temps, pour lui, de rentrer au port.

 

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Un drôle de blues …

D’un côté un homme de lettres,
De l’autre un homme des notes
Entre les deux rien ne dénote
Car, si l’un fut de droite,
Et l’autre un peu gauche
Une nation entière les pleure.
Certains comme Madeleine
Chevauchant une bruyante Harley,
Quand d’autres, invalides,
Au temple silencieux des Immortels,
Bayent simplement, aux Corneilles.

L’année 2017 ainsi s’achève
Avec son cortège de nouvelles
Bonnes ou mauvaises,
C’est tous les ans pareil.

Lui aussi, jouait de la guitare,
Et aimait ses crayons, qu’il tournait à foison
Soldat inconnu, des Arts et des Lettres
Discrètement, cette année, mon ami est parti
Il avait un beau prénom, il s’appelait Charly.

Les crayons de Charly